[lecture] L’art invisible de Scott McCloud

Scott McCloud partage avec Will Eisner – dont il était question juste précédemment – une réflexion sur l’art qu’il pratique, la bande dessinée. Le second a écrit un triptyque – l’art séquentiel, la narration, les personnages – sur la BD, réuni en français sous le titre des Clés de la bande dessinée. Le premier a quant à lui publié une série de 3 essais sous forme de BD, comprenant l’Art invisible (dont il est ici question), Faire de la BD et Réinventer la BD, qui offrent une théorie de cette expression artistique singulière, s’intéressent à sa technique et à ses perspectives d’évolution imprévisibles.

L’Art invisible brosse donc un paysage d’ensemble, met la BD en perspective, d’un point de vue historique et d’un point de vue des pratiques visuelles et narratives. Art invisible car, plus encore que dans d’autres modes d’expression, la bande dessinée est véritablement un art de l’ellipse, qui impose à ses auteurs une réflexion poussée et parfois tortueuse sur le choix de ce que l’on montre, et la façon dont le contrast avec le non dit fait émerger la narration.

L’essai de McCloud est bien bâti, limpide, avec quelques passages qu’il faut parfois lire à deux ou trois reprises pour être sûr de bien les comprendre car c’est fouillé niveau développement intellectuel. Au final, c’est une oeuvre passionnante, qui permet notamment de distinguer la forme du fond : non, ce n’est pas parce que c’est une BD qu’on se parle nécessairement de super héros et de choses puériles ! Et quand bien même tel serait le cas, l’auteur nous ouvre les portes de la compréhension d’un vocabulaire et d’une grammaire artistique qui nous semblent aujourd’hui aller de soi, alors que des artistes se sont remués les méninges pour répondre à de nombreux défis comme rendre le mouvement, faire sentir la bonne odeur d’une préparation culinaire, faire entendre une ambiance sonore, faire surgir telle ou telle émotion.

La bande dessinée est bien un art à part entière, et elle mérite que l’on s’intéresse à elle en tant que tel. C’est un exercice d’autant plus intéressant lorsque ce sont ses acteurs qui s’emparent de cet exercice – à la manière d’un Kandinsky que McCloud cite à quelques reprises – a fortiori sous forme de BD !

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