[lecture] Life, in Pictures de Will Eisner

Will Eisner est un géant de la BD ! En creusant les grands noms de ce medium, impossible de faire l’impasse sur cette signature : Eisner EST à lui tout seul tout un pan de l’histoire de la BD US, celle qui s’est élevée au rang d’industrie florissante dans les années 30, une dynamique à laquelle notre bonhomme contribua en tant qu’entrepreneur et en tant que dessinateur.

Car Eisner est un talent multi-facette, tantôt artiste innovant, scénariste et metteur en scène de cases hors pair, mais aussi professeur d’art séquentiel, éditeur et distributeur. Pour son “Contract with God” paru en 1978, une autobiographie dramatisée décrivant la perte d’un enfant adoré, il invente la notion marketing de “graphic novel”, qui participa à la maturation de la BD et la reconnaissance de sa faculté à traiter de sujets sérieux. Son parcours est également emblématique d’une sociologie, celle des premières générations nées aux US de Juifs émigrés en provenance d’Europe Centrale qui, selon qu’elles étaient allemandes ou polonaises, n’avaient ni le même statut social, ni la même approche de leur intégration dans leur pays d’accueil.

C’est ce que raconte ce Life, in pictures: autobiographical stories, une plongée dans une collection d’histoires plus (The Dreamer, To the Heart of the Storm) ou moins (The Name of the Game) directement autobiographiques, au cours desquelles se découvrent les enjeux d’intégration, d’antisémitisme, de préservation de l’identité, des premières amours, de la guerre, du business et, et et, surtout, de la BD, comme gagne pain et comme vocation.

Etonnant d’ailleurs que ce phénomène d’envolée de la BD se passe dans ce milieu de Juifs émigrés, en quête de leur place dans le Nouveau Monde, traduction à peine masquée des combats intérieurs du Superman de Siegel et Shuster, du Batman de Bob Kane, des superhéros de Jack Kirby et Stan Lee, des personnages photographiés dans leur New York 50’s des tenements d’Eisner. C’est en lisant des oeuvres comme celles réunies dans ce volume que la BD dévoile son pouvoir si particulier d’expression des émotions par le non dit et le hors champ. Génie pur !

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