[lecture] Le Maître & Marguerite de Mikhaïl Boulgakov

“Pleased to meet you, hope you guess my name, but what’s puzzling you is the nature of my game”

Aucun doute possible dès les premières pages tournées du Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov : on entend forcément les paroles de Sympathy for the Devil des Stones jouer en fond. Livre à la fois drôle, grinçant, sorte de Faust soviétique des années 1930, l’oeuvre fantastico-merveilleuse de Boulgakov met en scène une panoplie de personnages variés dont la vie part en sucette après leur rencontre avec le Diable, entrecroisé d’extrait du récit de la rencontre entre Jésus et Ponce Pilate et des tourments de ce dernier suite à l’exécution du philosophe qui n’avait rien fait de mal. Satan et son équipe forment une drôle de bande, prenant un malin plaisir à semer une zizanie chaotique partout où elle passe à Moscou. C’est en même temps une histoire d’amour, belle, tragique, celle du sauvetage impossible d’une âme prise du vertige d’en avoir trop compris sur la nature de l’affrontement historique sans fin du Bien et du Mal.

L’édition que l’on m’avait offerte s’ouvre sur un rappel du portrait de Boulgakov, auteur russe maudit, qui sera balloté dans tous les sens par une administration soviétique qui voit d’un mauvais œil son génie théâtral et littéraire. L’auteur meurt en 1940, dans un isolement dramatique, sans savoir que l’oeuvre à laquelle il aura consacré 12 années de sa vie sera finalement publiée en 1967, amputée d’une grande partie de son propos. Quoi de plus normal ?! Boulgakov s’autorise notamment à régler ses comptes avec l’Institution culturel soviétique, celle du théâtre et celle du club des écrivains, grâce à l’action malveillante de sa troupe endiablée, à grands coups d’incendies, de décapitation et de vilains tours faisant perdre la raison aux pauvres fous qui s’imaginent pouvoir opposer une résistance !

C’est en 1989 que l’oeuvre paraît enfin dans sa version complète, à un moment où l’Histoire, loin d’avoir fini son mouvement, bascule dans une nouvelle ère de l’affrontement des forces que Boulgakov traite dans son livre et que les Stones n’ont pas encore fini de chanter !

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