[lecture] Aaron de Ben Gijsmans

Aaron, de Ben Gijsmans. En voilà une oeuvre bien compliquée à évoquer, elle qui pourtant parvient à évoquer avec finesse et intelligence un tabou.

Aaron est un jeune ado quelconque. C’est la fin de l’année universitaire. Il a loupé certaines épreuves et doit donc étudier pour passer son rattrapage. Jusque là rien d’extraordinaire. Aaron vit un été de merde, avec des parents inintéressants, des potes super lourds et un frère qui déploie des efforts incroyables pour faire croire à toute sa famille qu’il nage en plein bonheur avec sa petite amie et le jeune garçon de celle-ci né d’une précédente union.

Confiné dans sa chambre de la maison familiale, Aaron révise, tourne en rond, s’emmerde, se masturbe, fait une pause en choisissant une oeuvre au hasard dans sa collection de comics, dont les récits simplistes opposent Bien et Mal en mode brainless, et regarde par la fenêtre. Sous ses fenêtres, un terrain de foot, qui reçoit quotidiennement la visite d’un petit garçon sportif, venant s’entraîner au tir. Et là, la gêne monte. Doucement. Sûrement. Aaron se rend compte qu’il ressent une attirance pour cet enfant, ce qui le révolte, le dégoûte de lui même, le dévore, autant que cela crée des impossibilités de dire.

Gijsmans livre une oeuvre vraiment déroutante, subtile, soft d’un bout à l’autre des 200 pages proposées. Le déroulé de son histoire est pesant, les cases proposant souvent un cadre fixe à l’intérieur duquel le ou les personnages n’évoluent que peu, mais où les infimes différences dans la gestuelle remplacent la lecture des pensées des acteurs et appuient donc sur le malaise du lecteur, contrastant fortement avec le manichéisme des comics de l’ado : le gamin sait que ce qu’il ressent est mal et pourtant, c’est bien ce qu’il ressent. Que faire ? Suivre le combat intérieur d’Aaron est une expérience perturbante et, une semaine après fini l’ouvrage, j’ai du mal à m’en remettre, tant cela suscite de questions.

PS : je découvre au hasard des commentaires au sujet de cette oeuvre qu’il qu’il existe depuis peu en France un numéro à destination des sujets au trouble pédophilique pour une prise en charge avant le passage à l’acte (0 806 23 10 63).

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