lecture
Terre des Hommes d’Antoine de Saint-Exupéry
Je termine ce superbe Terre des hommes de Saint Exupéry, dans son édition illustrée par Riad Sattouf. Texte admirable. 240 pages d’un témoignage d’aventurier de l’aviation postale ; 30 pages parmi les plus belles que j’ai lues sur ce que c’est d’appartenir à l’Humanité, le sens de la vie, le besoin de naître à une conscience qui nous relie tous. 30 pages qui ne seraient rien sans les 240 premières qui préparent par leurs récits l’essentiel de ce qu’est vivre.
Il s’agit là de ma première de Saint Ex autre que le Petit Prince. Heureuse choix de lecture, tant l’œuvre doit tout à son côté “vie éprouvée” à tous les étages. Qu’il s’agisse du regard porté sur les autres, collègues aviateurs comme opérateurs à distance, ou sur lui-même, ça sent le vécu aux premières loges. On devine un besoin essentiel de rechercher l’aventure, de se sentir vivant et trouver cette expérience possible en dehors des sentiers battus de la vie moderne et de son confort.
Le désert, qui nous est familier grâce à sa tête blonde si connue, prend ici une dimension de scène où se rencontrent les acteurs de la vrai vie : contrebandiers, tueurs Maures, caravaniers, agents de la Postale égarés reconvertis en meneurs d’hommes. Expérience ultime de ce tréfond d’âme, rassembleur dans le dénuement, de cette camaraderie que l’on ne goûte qu’au moment de tout perdre.
Terre des Hommes, c’est également un style d’écriture, taillé dans l’expérience et la simplicité de l’expression, des images, des comparaisons. Le lecteur du Petit Prince n’en sera pas surpris, mais il le verra ici appliqué non plus au conte mais au récit de la réalité. Chaque page contient plusieurs phrases qui chacune mériteraient d’être retenues et commentées.
Je suis en revanche mitigé quant à l’intérêt des illustrations de Sattouf. J’admire son travail généralement. Ici il ne m’a pas semblé correspondre à celui de Saint-Exupéry. Certains dessins sont remarquables. Les plus simples surtout. Ceux où l’on ne voit pas de personnages sont les meilleurs à mon sens. Question de goût naturellement. S’il s’en était tenu à cette très belle couverture, cela m’aurait suffit. Un peu comme le Petit Prince de Sfar ne m’avait pas séduit d’ailleurs.
Texte incroyable, avec ou sans illustrations.









